1. Le point de départ et les mouvements désordonnés:
1.1 Sixdegrees, l’un des premiers réseaux sociaux, a vu le jour en 1997.
Facebook n’est arrivé que beaucoup plus tard, en 2004. Entre-temps, plusieurs réseaux sociaux ont défilé. Retour sur leur courte histoire.
Internet et les médias sociaux ont bouleversé le rapport du grand public et des entreprises à la technologie et à l’information. Certains parlent de révolution comparable à la création de l’imprimerie en Europe. Dans les deux cas, le savoir se diffuse plus facilement après leur arrivée, qu’avant.
1.2 Mais avec le web social, tout le monde a en plus les moyens de s’exprimer.
Le comportement des consommateurs vis-à-vis des marques et des entreprises s'est, du coup, adapté à ces médias. Ils sont fans d'un produit qu’ils ont acheté ou le déconseillent fortement à d’autres via Twitter ou Facebook. Une réalité dont les entreprises doivent désormais tenir compte.
Reste qu'on parle beaucoup des médias sociaux depuis quelques années, mais leur apparition remonte à la fin des années 1990.
1.3 Petit rappel historique
Si les réseaux sociaux, en tant qu'organisation humaine, existaient bien avant l’apparition de l’informatique, les premières ébauches de réseaux sociaux virtuels sur internet ont vu le jour bien avant ce qu’on appelle le web 2.0. L’un des tout premiers fut ainsi lancé en 1997 et s’appelait Sixdegrees, nom inspiré de la théorie du psychologue Stanley Milgram (1). Lancé avant l’explosion de la bulle internet, il n’y survivra pas.
Beaucoup d’autres ont suivi, comme le réseau social professionnel Ryze. S’ils ont inspiré ceux qui réussiront à s’imposer plus tard, ils ont aussi servi à éviter de rééditer leurs ratages. Facebook étendit ainsi le nombre de ses membres par étapes contrairement à Friendster lancé un an avant et victime de son succès… les serveurs de l’entreprise furent incapables d’assumer la charge des nouveaux adhérents. (2)
1.4 Les géants actuels s’appellent Linkedin, Facebook, Twitter et bientôt Google + ?
Les acteurs du secteur des réseaux sociaux semblent maintenant bien installés. Linkedin caracole en tête de la sphère des réseaux professionnels, même si des initiatives locales persistent comme Viadéo en France ou Xing en Allemagne. Et Facebook domine largement dans le grand public après avoir définitivement enterré Myspace. Certains réseaux arrivent cependant à jouer de leur spécificité comme Twitter qui « séduit les entreprises internationales (78% y sont présentes en 2011) devant Facebook (61%), Youtube (57%) et les blogs (36%), » selon Christine Balagué et David Fayon dans leur ouvrage Réseaux sociaux et entreprise : les bonnes pratiques.
Google +, la dernière initiative sociale du géant de la recherche sur internet après les ratages de Google Wave et de Buzz, changera peut-être la donne à terme mais pour l’instant rien de clair ne se dessine. Mieux vaut quand même en tenir compte lors de la construction de sa stratégie marketing ou de communication sur les réseaux sociaux. Les puissants d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui qui ne seront sans doute plus ceux de demain. L’effervescence actuelle dans le domaine pourrait d'ailleurs finir par l’explosion d’une nouvelle bulle.
(1) Selon la théorie du petit monde de Stanley Milgram, la distance séparant deux individus quelconque n’est jamais plus grande que six intermédiaires.
(2) A lire : La révolution Facebook de David Kirkpatrick aux éditions JC Lattès.
2. Les distances se rétrécissent :
2.1 Réseaux sociaux, que le monde est petit !
L’analyse des réseaux sociaux a permis de définir un certain nombre de théories applicables aux groupes et aux individus, comme celles des six degrés de séparation. Elles aident à appréhender la révolution suscitée par les réseaux sociaux numériques (Linkedin, Viadeo, Twitter, Facebook, etc.), au même titre que la psychosociologie, qui n’est pas une science exacte.

2.2 Parmi les théories liées aux réseaux sociaux, celle des six degrés de séparation prend d’autant plus d’importance que le grand public utilise massivement les outils du type Facebook ou Twitter. En 1929, l’écrivain hongrois Frigyes Karinthy (1887-1938) publie une nouvelle intitulée Chain-links. Fortement inspiré par Jules Vernes, il y développe l’hypothèse selon laquelle toute personne est liée à toute autre par l’intermédiaire de cinq à six individus au plus.
Frigyes Karinthy avait l’intime conviction que le monde rétrécissait au fur et à mesure que la connectivité entre les hommes grandissait.
Cette nouvelle eut un fort retentissement, et la théorie proposée par Karinthy fut prise très au sérieux par de nombreux scientifiques (mathématiciens, sociologues, etc.) à travers le monde. Mais ce postulat restera longtemps au stade d’hypothèse, jusqu’à « l’expérience du petit monde », de Stanley Milgram (1933-1984).
2.3 L’expérience du petit monde
En 1963, Stanley Milgram, psychologue américain, propose une démonstration grandeur nature de cette théorie. Il réalise alors l’expérience dite du « petit monde », ou « small world », pour démontrer la validité de la théorie de Frigyes Karinthy. Habitant différentes villes des Etats-Unis, les participants ont alors pour mission de faire parvenir un document à un individu ciblé (nom, profession, ville…) par l’intermédiaire de personnes le connaissant ou connaissant une personne le connaissant, et ainsi de suite.
A l’issue de l’expérience, il va de soi que de nombreux documents se sont perdus en route. Toutefois, dans le cas des documents arrivés à bon port, la moyenne du nombre d’intermédiaires constatée est de 5, 2 personnes. Ce résultat corrobore assez fidèlement l’hypothèse émise trente ans plus tôt par Frigyes Karinthy. La théorie prit naturellement le nom de « six degrés de séparation ».
© L. Van Lieshout
2.4 Principe des Six degrés de séparation
Le succès actuel des réseaux sociaux confère une importance non négligeable à ces théories. En effet, les relations entre les individus se tissent majoritairement aujourd’hui au sein de réseaux sociaux numériques (Linkedin, Viadeo, Twitter, Facebook, etc.). Le principe des six degrés de séparation laisse penser qu’il existerait une méta communauté à l’échelle de la planète, et bel et bien vivante puisque ses liens sont actifs.
Or, la vérification de cette théorie dans les gigantesques bases de données que constituent les médias sociaux révèle qu’en effet le nombre d’intermédiaires entre deux individus pris au hasard sur les réseaux sociaux numériques publics se situe entre cinq et sept en moyenne !
La mise en œuvre grandissante de réseaux sociaux d’entreprise (médias sociaux à destination des collaborateurs de celle-ci) nous permettra probablement très vite de vérifier l’application de la théorie des six degrés de séparation au sein même de nos grandes multinationales. Si cela se vérifie sur de grands échantillons (nombre d’adhérant actifs au média social suffisant), alors nos grandes compagnies ne représenteraient finalement que de grands villages numériques.

Ziryeb Marouf
Diplômé de l'Essec et de Télécom ParisTech, Ziryeb est RRH 2.0 (responsable RH 2.0) chez France Télécom Orange et a participé à la mise en œuvre du réseau social interne Plazza. Il est également président fondateur de l'Observatoire des réseaux sociaux d'entreprise et auteur du livre Les réseaux sociaux numériques d'entreprise : état des lieux et raisons d'agir, aux éditions l'Harmattan.
3. Dates clés sur l'histoire des réseaux sociaux :
1997 : naissance de l’un des premiers réseaux sociaux : sixdegrees.
2001 : lancement du réseau social professionnel : Ryze
2003 : lancement de Friendster (février) Linkedin (mai), Myspace (août) et Xing (novembre).
2004 : la concurrence s’accentue avec Orkut (janvier, propriété de Google), Facebook (février) et Viaduc (futur Viadeo).
2005 : création de Youtube
2006 : création de la plateforme de micro-blogging Twitter.
2009 : lancement en beta restreinte de Google Wave (septembre)
2010 : lancement en beta de Google Buzz (février). Arrêt programmé de Wave dont le code est mis à disposition en open source.
2011 : entrées en bourse de Linkedin et Renren, présent en Chine (mai). Lancement de Google + et arrêt de Buzz.
Source : 01net 20/01
4. Les RSE contribue pour une large part à l’éclosion de l’innovation :
4.1 Très bon article paru dans l'édition du Monde du 14.01, qui montre l'intérêt des réseaux sous toutes leurs formes dans l'innovation.
Qu'il s'agisse des transferts d'argent sur mobile ou de l'utilisation des réseaux sociaux dans la lutte contre les dictatures, innovations et changements émergent de plus en plus souvent dans des endroits où nous ne les attendons pas. La lecture du livre Where Good Ideas Come From : The Natural History of Innovation (« D'où viennent les bonnes idées : l'histoire naturelle de l'innovation »), de Steven Johnson (Riverhead Books, 2010), peut nous aider à comprendre pourquoi.
L'auteur de Tout ce qui est mauvais est bon pour vous : Pourquoi les séries télé et les jeux vidéo rendent intelligent (éditions Privé, 2009) nous emmène cette fois dans les environnements humains tels que « l'architecture des laboratoires scientifiques qui réussissent, les réseaux d'information du Web ou le système postal du siècle des Lumières ainsi que les grandes villes et même les carnets de notes des grands penseurs. Mais [il] regarde aussi les environnements naturels biologiquement innovants : les récifs coralliens, les forêts tropicales ou la soupe chimique qui a d'abord donné naissance à cette bonne idée qu'est la vie ».
Il en tire sept conditions propices à la créativité.
4.2 Lentes intuitions
On y trouve des notions relativement évidentes comme l'erreur qui peut être positive, les plates-formes ouvertes ou les réseaux liquides et informels. Moins évidente, la notion d'« adjacent possible », prise chez le biologiste Stuart Kauffman, montre que le nouveau naît souvent d'une adaptation de choses proches.
Gutenberg, par exemple, s'est inspiré des pressoirs à vin pour inventer l'imprimerie. L'exaptation, par ailleurs, intervient quand on utilise une propriété ou un objet nouveau à des fins auxquelles elle ou il n'était pas destiné. Apparues pour tenir chaud, les plumes ont été ensuite utilisées par les oiseaux pour voler.
4.3 Les innovations ne sont que rarement des coups de génie tombant du ciel comme la pomme de Newton.
Elles sont en fait le fruit de « slow hunches », pressentiments (ou intuitions) lents à se former. Elles naissent au terme d'une longue maturation, dans la rencontre avec d'autres, parfois alors qu'on travaille à autre chose (la fameuse sérendipité des hasards heureux). Ceux qui « poussent les frontières du possible y parviennent rarement dans des moments de grande inspiration. (...) Leurs concepts incubent et se développent lentement (...) parfois pendant des décennies. Elles sont imbriquées avec les idées et parfois les technologies, voire les innovations d'autres personnes ».
C'est ce qui explique l'importance des réseaux ouverts et des lieux comme les salons et les cafés du siècle des Lumières. Comme Internet aussi, bien entendu. Loin de croire qu'il nous rend bête, ainsi que l'écrit Nicolas Carr dans l'article « Is Google Making Us Stupid ? » (« Est-ce que Google nous rend idiots ? ») paru, en 2008, dans la revue The Atlantic, Steven Johnson y voit un espace particulièrement propice à la créativité.
4.4 « D'où viennent les bonnes idées » permet de mieux comprendre ce que je découvre sur le terrain avec ce tour du monde.
Nous avons trop tendance à ne considérer comme innovations que celles qui tombent du ciel ou plutôt de la Silicon Valley. Mais toutes sont des assemblages, et les créateurs sont plus des bricoleurs (comme l'avait proposé François Jacob cité par Johnson) que des ingénieurs. Or les bricoleurs, il y en a partout, et les plus ingénieux vivent souvent dans les conditions les moins favorables.
Et le Net (et ses RSE), à partir du moment où on y a accès, devient une plate-forme de connectivité maximale grâce à laquelle on peut, partout dans le monde, échanger des trouvailles, laisser ses idées polliniser et se heurter à d'autres, découvrir par hasard des éléments qui enrichissent nos lentes intuitions au point d'en faire des innovations.